Lorsqu'elle arrive à Cinergie, Jessica Woodworth, nous apporte une petite écharpe bleue qu'elle a soigneusement pliée et qu'elle nous offre, comme le font les Mongoles, en signe de bénédiction et de protection. Tout est là, et tout est dit, du regard qui préside au film. Dans ce geste, se dévoile la volonté de transmettre, de passer le regard. Khadak est l'histoire d"un garçon nomade au destin très particulier, qui devra devenir chamane, qui rejette son destin et qui, éventuellement, fait tomber le ciel et rétablit un peu d'équilibre dans cette société faible" résume Jessica Woodworth. Khadak est aussi un film "médium" (pour reprendre une expression de Peter Brosens, le co-réalisateur de Khadak), une fable atemporelle et onirique, où temporalité et espace sont déconstruits, pour que le regard se fasse passeur d'images, pour qu'une réalité, entre fragments et miroitements, en découvrant le réel, y révèle le sacré.
Cinergie : Khadak est votre premier long métrage de fiction. Qu'est-ce qui a engendré ce passage du documentaire à la fiction ?
Jessica Woodworth : En fait, ce grand pas s'est fait tout à fait naturellement. Nous avions ce concept de faire un documentaire long métrage sur l’aviation et le socialisme en Mongolie. Mais après avoir travaillé sur place, nous nous sommes sentis très frustrés, parce que nous nous sommes dit que nous n'arriverions jamais à coincer tout ce que nous avions découvert dans un format pour des chaînes publiques de télé, un 52 minutes. On ne le sentait plus. Nous avions aussi beaucoup plus de liberté dans la fiction pour capter cette tension qui existe en Mongolie.
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