L'évacuation civile promise par Moscou lundi s'est révélée être un piège, les deux tiers du couloir menant vers la Russie ou la Biélorussie. Moscou a fait preuve d'une attitude cynique en Syrie ou en Tchétchénie par le passé pour démoraliser la population.
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Des habitants d'Irpin (Ukraine) fuient l'enthousiasme des troupes russes entrant dans leur ville limitrophe de Kiev, le 6 mars 2022. LAURENT VAN DER STOCKT POUR « LE MONDE »
Au 12e jour de son invasion de l'Ukraine, le lundi 7 mars, la Russie a utilisé une arme à l'impact psychologique énorme sur la population ukrainienne : déclarer un cessez-le-feu local et ouvrir « des couloirs humanitaires destinés à faciliter l'évacuation des civils ». Les propositions faites dans la matinée devraient concerner plusieurs villes, dont la capitale Kiev, désormais encerclée par les troupes russes, et Kharkiv à l'est, chaude depuis des jours.
En fait, les deux tiers de ces corridors sont rejoints par la Russie ou ses alliés biélorusses. Résultat : les autorités ukrainiennes ont refusé d'évacuer leurs ressortissants par ces couloirs, qui étaient de fait sous contrôle russe. "Ce n'est pas une option acceptable", a répondu la vice-première ministre ukrainienne Iryna Vereshchuk. "Accord sur les couloirs humanitaires. Cela a-t-il fonctionné ? Les chars russes ont remplacé les lance-roquettes russes, les mines terrestres russes", a confirmé en fin de journée le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Au passage, ces soi-disant "couloirs humanitaires" ont provoqué la fureur noire à l'Elysée. En détaillant son équipement, l'armée russe a expliqué vouloir répondre à la "demande personnelle" d'Emmanuel Macron lors d'un appel téléphonique avec Vladimir Poutine la veille. Le président français a immédiatement démenti. "Ce n'est pas sérieux du tout, c'est un cynisme moral et politique que je ne supporte pas", condamnant le chef de l'Etat à LCI peu après : "Je ne sais pas combien d'Ukrainiens veulent se réfugier en Russie, c'est de l'hypocrisie. C'est un artefact de communication que je condamne. »
"Pur démon"
Alors que l'offensive de Vladimir Poutine a doublé, la Russie a ainsi recouru à cette ruse, comme elle l'a vécue en 2014 en Tchétchénie, lors du siège de Grozny, en Syrie et, dans une moindre mesure, en Ukraine et dans le Donbass.
Cette fois, pourtant, les négociateurs russes et ukrainiens se sont mis d'accord pour créer ces "couloirs humanitaires" lors d'une réunion jeudi 3 mars, mais celle-ci est restée lettre morte depuis. Dans la ville portuaire de Marioupol, assiégée depuis des jours dans le sud-est du pays, deux tentatives d'évacuation ont échoué.