Le soleil revient sur la rade de Marseille, les terrasses se remplissent… et les pharmacies aussi. Nez qui coule, yeux rouges, éternuements à répétition : en Provence, le printemps rime désormais avec pollens. Ce jeudi encore, l’indice d’Atmo France classait la région en niveau d’alerte élevé. Une situation devenue presque banale.
Mais pour le professeur Pascal Chanez, pneumologue et allergologue à l’AP-HM, cette banalité est précisément le problème. « Les allergies sont très fréquentes, souvent peu sévères, mais leur fréquence explose », explique-t-il. En France, près d’un adulte sur trois souffre d’allergies au pollen. Selon l’Organisation mondiale de la santé, une personne sur deux pourrait être concernée d’ici 2050.Contrairement aux idées reçues, « l’allergie » n’est pas une maladie en soi. Il s’agit d’une réaction immunitaire inadaptée face à une substance normalement inoffensive. En Provence, les principaux responsables sont bien connus : les cyprès, omniprésents dans le paysage, et les graminées, qui prennent le relais au fil des semaines.Cette année, la météo a rebattu les cartes. « Nous sortons d’une période particulièrement pluvieuse. La pluie a fait tomber une grande partie des pollens de cyprès, ce qui a limité les symptômes », détaille le professeur. Mais avec les premiers rayons de soleil, les pollens de graminées apparaissent brutalement. L’épithélium nasal — cette fine barrière cellulaire qui tapisse nos voies respiratoires — devient alors le « chef d’orchestre » des réactions : il déclenche l’inflammation, provoque les éternuements et l’écoulement nasal. Résultat, certains patients ressentent des symptômes plus intenses, parfois même alors qu’ils n’en avaient jamais souffert auparavant.